Métaux critiques : ce que change vraiment 2026

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Pourquoi cet article

Fin 2025, plusieurs donneurs d’ordre européens se sont retrouvés sans APT (oxyde de tungstène). Décision unilatérale de Pékin, flux interrompus, production d’outillage arrêtée. Le même trimestre, les cours du lithium ont chuté de -70 % alors que la demande mondiale progressait.

Ces deux faits coexistent. Ils suffisent à disqualifier toute lecture univoque du sujet « métaux critiques ».

Cet article n’a pas pour objet de documenter les volumes ou d’anticiper les prix. Il vise à clarifier trois niveaux de lecture :

  • Ce que l’Europe prépare.
  • Ce que la France déclare.
  • Et pourquoi cela ne protège pas la pièce à livrer.



Analyse de la situation

Les tensions matière ne sont ni théoriques ni prospectives

Chaque métal critique suit une dynamique propre :

  • Tungstène : sous quotas d’exportation chinois. L’Europe a perdu tout accès à l’APT fin 2025. Aucun acteur occidental n’est prêt à court terme.
  • Titane : toujours dépendant de la Russie pour les alliages aéronautiques. Pas de fournisseur alternatif immédiatement qualifié.
  • Cobalt : 70 % extrait en RDC, raffiné à 80 % en Chine. Non pilotable indépendamment des tensions géopolitiques.
  • Lithium : surcapacité momentanée mais demande structurelle en hausse. Le raffinage reste centralisé en Asie.
  • Terres rares : extraction mondiale diversifiée mais transformation toujours dominée par la Chine.
  • Molybdène : co-produit du cuivre. Volatilité structurelle. Quotas à l’export annoncés par la Chine.

Le point commun est clair : la disponibilité n’est jamais garantie par le stock, mais par le flux. Et ce flux échappe largement à ceux qui fabriquent.



Ce que fait l’Europe – et pourquoi cela ne suffira pas

L’Union Européenne a adopté en 2024 le Critical Raw Materials Act, avec trois objectifs :

  • 10 % de l’extraction sur le sol européen.
  • 40 % de transformation (raffinage) locale.
  • 25 % du besoin couvert par le recyclage.

À ces objectifs s’ajoute un seuil maximum de 65 % de dépendance à un fournisseur unique pour chaque métal stratégique.

En parallèle, des projets ont été labellisés « stratégiques » dans plusieurs États membres. Des fonds ont été fléchés vers l’exploration, le recyclage, l’investissement dans les pays tiers.

Mais rien de cela ne sera opérationnel à horizon 2026.

Les projets extrayant du lithium au Portugal, les usines de recyclage de batteries en France ou les unités de transformation d’aimants en Suède ont des dates de mise en production estimées entre 2028 et 2031. Aucun ne couvre les besoins actuels. Aucun ne répond à une rupture d’approvisionnement sous 18 mois.



Ce que fait la France – et pourquoi cela reste structurellement décalé

La France a activé plusieurs leviers :

  • Création d’un délégué interministériel aux métaux stratégiques.
  • Cartographie du sous-sol (BRGM).
  • Accords bilatéraux (Australie, Canada, Namibie, Kazakhstan).
  • Fonds d’investissement public-privé (Bpifrance + InfraVia).
  • Appels à projets « France 2030 » pour l’amont extractif et le traitement.

Le projet EMILI dans l’Allier pourrait fournir 20 % du besoin français en lithium. Première extraction envisagée : 2028.

Le cadrage stratégique existe. Mais le calendrier industriel réel reste incompatible avec les besoins 2026–2027.



Ce que l’atelier subit déjà

  • Allongement brutal des délais sur certaines nuances critiques.
  • Disparition d’offres matières sous 48 h.
  • Substitutions imposées sans possibilité de requalification immédiate.
  • Remontée du risque matière jusqu’à la pièce unitaire.

La pièce n’est plus affectée par la conjoncture. Elle est conditionnée par une suite de décisions prises hors de l’entreprise, hors de la filière, parfois hors du continent.



Ce que cela implique pour nous – et pour nos clients

La continuité matière devient une contrainte de définition

Une exigence matière rigide doit être considérée comme un verrou potentiel.

Si elle est maintenue sans alternative, elle devient une dépendance. Si elle est posée en amont avec ses conditions, elle peut être maîtrisée.

La discussion ne peut plus être reportée au moment de l’achat. Elle doit faire partie de la revue de faisabilité industrielle.



Chaque projet critique doit être évalué par son exposition matière

Trois critères suffisent :

  1. La matière est-elle produite dans moins de cinq pays ?
  2. Est-elle co-produite ou raffinée exclusivement hors UE ?
  3. Est-elle substituable sans requalification client ?

Deux critères validés = exposition élevée.
Trois critères = absence de marge de manœuvre.


Ce que le client attend vraiment

Le client n’attend pas une promesse.
Il attend une lecture claire des risques.

  • Ce que la matière impose.
  • Ce que l’industriel maîtrise.
  • Ce qui dépasse le périmètre d’engagement.

Ce que l’Europe prépare ne protège pas la pièce à livrer.
Mais ce que l’industriel formalise peut en éviter l’arrêt.


L’incertitude ne se compense pas. Elle s’encadre.
Ce n’est pas une variable achat. C’est une donnée critique du raisonnement industriel.

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